
Étendue dans notre lit, les yeux grands ouverts, j’attendais, fébrile, un je ne sais quoi. Puis d'un seul coup, le ciel s'est déversé sur la ville poussiéreuse. Je n'ai pas reconnu tout de suite le son des gouttes de pluies s'écrasant sur le toit. J'ai compris ce qui se passait quand j'ai entendu les éclairs et le tonnerre fendre la nuit et éclairer par à-coups notre chambre. Il pleut! J’ai passé une partie de la nuit, excitée comme une enfant à entrer et sortir de notre chambre, à vérifier l’étanchéité de notre appartement, à mettre à l’abri ce qui pouvait se faire mouiller, à jeter un coup d’œil sur Max et Flo qui eux, dormaient toujours, et surtout, à admirer le spectacle. La ville était noire, faute d’électricité. Les animaux; chèvres, moutons, poules et je ne sais quoi encore, criaient leur surprise, les oiseaux chantaient en pleine nuit et les volets et les portes claquaient. J’entendais jurer ceux qui avaient des abris précaires par un temps sénégalaisement froid. La pluie a flânée toute la matinée, nettoyant les immeubles et trottoirs de tout ce sable et de cette poussière, faisant briller les rues parsemées de miroirs, et nourrissant d’une luminosité propre au temps orageux, les roses, blancs et fuchsia des bougainvilliers en fleur.
Il a plut! Second regard sur cette pluie si extraordinaire en février: Le Sénégal reçoit généralement 1mm de pluie en cette période de l’année, si ce n’est aucune précipitation! 10 mm sont tombés et ont surpris la population. Cette pluie, que j’ai trouvée si belle a été une catastrophe, entre autre pour les agriculteurs qui n’ont pu mettre à temps leurs récoltes de riz à l’abri. Une partie de celles-ci serra perdue et la balance des grains, humidifiés, perdra de la valeur. En ville, il y a partout des flaques d’eau sales et parfois nauséabondes qui donnent un avant-goût de la période des pluies. La ville est entourée de dépressions où s’accumulent toute cette pluie et les eaux débordantes du fleuve en période de crues. C’est aussi là que les déchets sont déversés… Bref, je dresserai un portrait plus réaliste de cette situation dans quelques mois…
Je termine ce texte en vous disant que la photo qui l’accompagne n’est pas de moi. Ce matin là, j’ai voulu prendre des photos pour illustrer cet événement. Mais à la première tentative de photos, on a voulu me dérober mon appareil et mon sac. Des amis qui étaient non loin, m’ont défendu, et j’ai rangé mon appareil pour la journée… Saint-Louis est une ville sécuritaire. J’étais seulement au mauvais endroit au mauvais moment, c’est-à-dire, sur la route « du fou du village». Cet incident m’a par contre de nouveau fait réfléchir sur l’importance de créer de bonnes relations de voisinage et de se créer un réseau.
Source de la photo: Élise Desaulniers et Martin Gibert
vendredi 15 février 2008
Il pleut!
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